De L’abolition de la pratique biquotidienne

De l’abolition de la pratique bi-quotidienne.

Dans le bouddhisme de Nichiren, on attribue aux quatre boddisatvas, qui apparaissent lors de la cérémonie dans les airs, quatre vertus que nous sommes censés développer en pratiquant. L’une d’elle est le véritable soi. En terme simple, le véritable soi, c’est comprendre que l’on n’a pas besoin d’être autre chose que nous même pour faire apparaître notre propre nature de bouddha. Ce n’est pas très aisé car nous pensons facilement que nous sommes pleins de défauts, incapables de changer certains aspects de notre vie, et finalement, nous pensons sans nous l’avouer que nous sommes loin de la boddhéité. De plus, on a tendance à imaginer le bouddha comme un être parfait, libéré de toutes entraves ou souffrances. On pense que pour parvenir à l’éveil il nous faut progresser longtemps sur la route escarpée de la vie, et que peut-être un jour, s’éveillant à la nature de bouddha, on comprendra tout. Cela correspond en fait en bouddhisme au petit véhicule – Hinayana-. Dans ce bouddhisme, on doit accomplir des pratiques difficiles, peu abordables au commun des mortels, et ce n’est qu’au bout d’une pratique longue et ardue, vie après vie, qu’on peut espérer s’éveiller.

C’est pour cette raison que le bouddhisme de Shakyamuni est peu à peu tombé en désuétude; ces pratiques, devenant de plus en plus inabordables, compliqués et finalement, ne répondant plus à la réalité des hommes ordinaires.

C’est précisément pour cela que Nichèrent DaÏshonin a inscrit un mandala – Gohonzon- afin de permettre à tous de pouvoir pratiquer de façon simple et naturelle. Sur ce mandala, au centre est inscrit »: «  Nam myoho renge Kyo ».

Nam est la contraction de namu, terme sanskrit qui signifie «  se consacrer à/au ».

Myoho renge kyo est le titre du sûtra du Lotus.

Nam myoho renge kyo est donc un mélange de deux langues, ce qui signifie que ce mantra est universel, en terme moderne international.

Donc, «  se consacrer au sûtra du lotus » signifie «  désirer vivre en accord avec les principes du sûtra du lotus ».

Bien sûr, il y a de nombreux concepts développés dans ce sûtra, et on peut aller très loin dans l’explication même de ce mantra. Tendaï, moine du 6ème siècle, ne consacra pas moins de dix volumes uniquement pour expliquer ce titre.

Mais bien plus simplement, se consacrer au sûtra du lotus signifie créer des valeurs, pour soi et pour les autres. C’est reconnaître le potentiel infini de notre propre vie, et par « ricochet » celui de la vie des autres. En effet, comme l’explique Nichiren, si on s’incline devant un miroir, le reflet du miroir s’incline également, ce qui correspond au principe d’inséparabilité de soi et de l’environnement – esho funi-.

Sous le titre, il y a la signature de Nichiren.

D’aucuns on tendance à penser qu’il s’agit d’une sorte de « copyright », ou d’une signature comme celle qu’on apposerait au bas d’un document, mais il n’en est rien.

La véritable signification de cela est que la personne et la loi sont indissossiable.  La loi merveilleuse, comme on la nomme courramment, n’est en réalité rien d’autre et pas moins que notre propre vie. Cette loi n’existe pas en dehors de nous même, et chaque aspect de la vie quelqu’il soit est en lui même la loi merveilleuse.

La personne et la loi bouddhique sont identiques. Le sûtra du lotus, myoho renge kyo, n’est donc pas supérieur à nous, mais il est en réalité l’émanation de notre propre vie.

Nous récitons ce mantra pour nous éveiller à cela.

Si on comprend ce point, on comprend qu’il y a autant de loi merveilleuse qu’il y a d’êtres humains, autant de loi merveilleuse que de forme de vie, la loi merveilleuse étant la vie elle même. On dit qu’il y a trois sûtras du lotus : celui de Shakyamuni, celui du boddisatva Fukyo et celui de Nichiren Daïshonin.

Ces trois sûtras peuvent sembler différents dans la façon dont ils ont été exposés, mais leurs sens fondamental est identique.

Si Nichiren Daïshonin a créé ce mandala et ce mantra, c’est uniquement pour que chacun trouve en lui un moyen simple de s’engager sur le chemin de la création de valeurs. Nous ne sommes pas au service de la pratique, c’est la pratique qui est là pour nous servir de moyen d’éveil. Si on pense le contraire, cela revient à imaginer la loi merveilleuse et donc sa pratique, supérieure à nous. On aura tendance à lui conférer des attributs que nous ne possédons pas nous même et finalement, nous considérerons cette loi comme extérieure à nous et finirons par nous égarer.

C’est pour cela qu’il faut expérimenter cette pratique de façon libre et sans entraves. La pratique et la conceptualisation des enseignements a évolué et continuera de le faire puisque le bouddhisme est protéiforme, adaptable, malléable, somme toute comme la vie.

C’est par les 5 agrégats que nous percevons toutes choses, et chez chacun, ils s’expriment de façon différentes; de même que tout le monde possède l’état de colère, elle se manifeste différemment chez chacun d’entre nous.

Donc, pour dévellopper ce véritable soi, il faut expérimenter une pratique qui conviendra à notre vie, à notre réalité, à notre sûtra du lotus c’est à dire à notre état de bouddha.

Imposer une pratique bi-quotidienne revient d’une certaine manière à nier la différence, et impose un modèle commun qui peut s’avérer dangereux et nous conduire vers une pratique formelle. On en vient à oublier que cette pratique est faite pour nous, on commence à penser que si on rate une pratique on subira une rétribution négative, ou que si l’on ne pratique pas bi-quotidiennement on ne parviendra pas à la boddhéité. Finalement, on perd notre libre arbitre en s’asservissant à ce rituel , ce qui est l’inverse total du but proposé par Nichiren Daïshonin .

Il convient donc de recevoir cette lecture bi-quotidienne comme une proposition et surtout pas comme une obligation.

On peut aussi imaginer que les personnes ne parvenant pas à honorer ce rituel bi-quotidien se sentent « inférieurs » à ceux qui y parviennent, et là encore, on est très loin de l’esprit originel de cet enseignement.

La métaphore du tapis de course:

Considérons un tapis de marche/course comme étant le mandala. En lui même, il n’a aucune valeur, il ne sert à rien. Ce qui va lui donner un interêt, c’est la personne qui va monter dessus et appuyer sur la touche « on ». Ceux qui pensent que ce mandala à un pouvoir par lui-même sont comparable à une personne qui penserait qu’il suffit de regarder son tapis de course pour bénéficier de ses effets.

Si on désire être en forme donc, il faut monter sur ce tapis et commencer à marcher. si on ne marche pas, on part en arrière et on tombe. Cela est comparable aux personnes qui pratiquerait, mais qui n’agirait pas, attendant que le mandala agisse à leur place.

Chacun peut se servir de son tapis librement : d’aucuns préfèreront marcher, d’autres courir. Certains l’utiliseront tous les jours, d’autres une fois par semaine, une fois par an etc..

L’essentiel, c’est de monter dessus, en terme bouddhique, de souhaiter créer des valeurs en s’éveillant à la loi merveilleuse. Courir tous les jour de 30 à 40 ans, aura probablement moins de valeur que courir moins, mais tout au long de sa vie..

L’essentiel, comme pour le tapis de course, c’est de vouloir créer des valeurs toute sa vie, c’est à dire de cultiver son jardin intérieur par un travail constant. Quand on s’éveille à la joie que cela procure, on a envie de la transmettre aux autres. De la même façon que si on monte sur ce tapis, c’est pour entretenir sa santé, physique et psychologique.

Donc, il apparaît clairement que chacun doit trouver son propre rythme. Un sprinter courra vite, mais moins longtemps qu’un coureur de fond. Une personne faible mettra le tapis à une vitesse lente, mais en aucun cas on pourra dire que le sprinter ou le coureur de fond seront plus en forme que la personne «  faible », car au fond, cela dépend de notre attitude sur ce tapis. Certains, voulant en faire trop se blesseront, d’autres, pensant qu’en en faisant très peu oublieront peut-être peu à peu de monter dessus…

Parfois, on veut se « challenger », on va se donner des objectifs de course, parfois, on veut juste se détendre ou passer du bon temps, il en va de même avec la pratique bouddhique. En plus, franchement, qui peut dire qu’il à couru de façon parfaitement régulière tout au long de sa vie ?

L’essentiel, c’est de garder toujours à l’esprit le fait que si on monte sur le tapis de course, c’est pour se développer soi même. Si l’on désire que les autres courent exactement comme nous, les personnes vous suivront au début, mais si vous allez trop vite ou trop lentement pour eux, ils se détourneront du sens originel de l’utilité de cet tapis. En revanche, lorsque l’on observe une salle de sport où las tapis sont alignés, on remarque que certains discutent, d’autres sont concentrés, d’autres écoutent de la musique. Si tout le monde faisait la même chose, cela ressemblerait à une usine où on fabrique des produits à la chaîne.

Pour finir, on peut se donner des objectifs tels que : je vais pratiquer 15mn, 1h etc, mais encore une fois, cela doit être personnel, et si l’on ne parvient pas à ses objectifs, ce n’est pas grave du tout car en fait, on ne coure pas 15 mn ou 1h. L’état d’esprit bouddhique est : «  je fais un pas, puis un autre pas, puis un autre pas, et pas après pas, je serais en bonne santé, je gagnerais ma victoire. »